Les vêtements ont toujours étés une source de conflit entre mes parents et moi lorsque j’étais enfant. Par exemple, je ne supportais absolument pas de mettre une jupe. C’était une sensation atroce, indescriptible. Incompréhensible pour les autres aussi sans doute, parce que je ne supportais pas de mettre des jupes ou des robes parce que la sensation de l’air sur mes jambes m’était insupportable, alors que d’un autre côté je pouvais parfaitement mettre un short et me balader jambes nues, là cela ne me gênait pas. Je ne savais pas l’expliquer, c’était une sensation et je ne trouvais pas les mots à mettre sur cette sensation.
Pour me sentir à l’aise, il fallait que je sois habillée de manière à me sentir à l’aise moi et non pas pour les autres ou pour faire plaisir à mes parents ou pour être à la mode et en l’occurrence il fallait que je sois toujours habillée de la même manière sans quoi rien n’allait : jeans bleus foncés ou pantalons noirs, T-shirts larges, non décolletés, noirs, baskets Adidas Stan Smith avec le rebord arrière vert et hors de question d’accepter ceux avec le rebord bleu, jamais de chaussettes. En hiver, sweat shirt noirs et veste noire mais jamais d’écharpe, ni de gants, ni de bonnet. En été short en vacances et espadrilles noires ou sandales que ma fille appelle aujourd’hui « chaussures de Jules César » en cuir brun, toujours les mêmes aussi depuis des années.
Mes parents n’appréciaient pas, pour diverses raisons : je donnais l’impression d’être habillée avec les mêmes vêtements tous les jours même si je possédais plusieurs fois les mêmes vêtements justement pour pouvoir mettre toujours la même chose, mais cela les gens ne le savaient pas. Mes vêtements étaient trop masculins à leur goût, et j’étais quand même une fille, ils auraient aimé que cela se voie. Ma mère chipotait moins que mon père sur le sujet. Mon père lui ne supportait pas que j’aie les cheveux coupés très courts, toujours la même coupe et que je sois habillée en garçon et jamais avec une robe ou une jupe.
Chaque fois qu’il en avait l’occasion, mon père trouvait un prétexte pour m’obliger à m’habiller en fille et mettre une jupe ou une robe. C’était une véritable horreur pour moi. Je me sentais affreusement mal, salie, humiliée. Je ne parvenais même pas à m’y préparer moralement parce que c’était trop atroce à mes yeux. C’était un véritable calvaire parce que tant que j’étais habillée comme cela, je ne parvenais à me concentrer sur rien d’autre que l’envie de me changer et de m’habiller comme je le voulais pour redevenir « moi ». Pour me sentir sinon bien, du moins dans une sorte de « paix » avec moi-même. Le problème c’était qu’après avoir été obligée de m’habiller en robe ou en jupe, de mettre des chaussettes ou des bas, je me sentais mal, ridiculisée et humiliée publiquement, et cela me traumatisait, j’étais affreusement mal pendant des semaines. Et ce traumatisme me faisait régresser à chaque fois. J’en voulais à mon père et un peu moins à ma mère mais quand même.
Mais il n’y avait pas que les jupes et les robes, mes parents et surtout mon père n’aimaient pas le fait que je m’habille de cette manière et parfois il leur prenait la lubie de m’acheter des vêtements. Moi je voulais des bêtes vêtements tout simples de la grande surface, sans marque, excepté les baskets mais pas parce qu’elles étaient de marque, non, parce que je me sentais à l’aise dedans et une fois que quelque chose me plaisait, je mettais toujours la même chose. (Cela fait plus de 30 ans que je porte les mêmes Adidas Stan Smith, enfin les mêmes modèles pas les mêmes chaussures depuis 30 ans).
Mais mes parents quand ils achetaient des vêtements, allaient dans des magasins chers, des magasins spécialisés, voir des magasins où l’on faisait des vêtements sur mesure, c’était affreux. J’étais obligée de les suivre, de rencontrer les vendeurs, d’essayer des vêtements, de ne pas avoir l’air trop négative alors que rien ne me plaisait, d’être confrontée à une situation qui me faisait peur et à laquelle je n’étais jamais préparée parce que je ne savais jamais quand mes parents auraient leur « crise vêtements » qui se produisait quelquefois plusieurs fois par an.
Moi je voulais bêtement la même veste à mettre tous les jours, mais pour mes parents il fallait une veste pour chaque type de temps, une veste ou un manteau pour chaque occasion. Pas question de mettre la veste ou le manteau destiné aux sorties pour aller à l’école ou la veste de tous les jours pour aller au restaurant ou dans la famille.
Et bien sûr quand mes parents avaient acheté ces vêtements, il fallait que je les porte et j’étais totalement incapable de leur expliquer pourquoi je n’avais pas envie de les porter, à quel point je me sentais mal alors qu’eux avaient fait exprès de m’acheter des vêtements qui ressemblaient à ceux que je portais habituellement… mais qui n’étaient pas eux!!! Ils pensaient que j’étais contradictoire, que je le faisais exprès et moi j’étais incapable de leur expliquer.
Devenue adulte les choses ont été plus faciles sur ce point. Je m’habille comme je l’entends et je me fiche d’être toujours habillée de la même manière. Je me fiche aussi de ce que les gens pourraient penser ou qu’ils puissent s’imaginer que je n’ai rien d’autre à me mettre. Je sais que certains me critiquent. Je sais que certains se font toutes sortes d’idées quant à ma manière de m’habiller et qu’aucun n’a compris. Je sais que comme les apparences sont très importantes dans notre société, je suis extrêmement mal vue par certains. J’ai même été prise pour une mauvaise mère parce que selon certains enseignants, une mère qui s’habille comme moi et toujours de la même manière ne se soigne pas, donc ne soigne pas ses enfants, les néglige etc.