Consignes

Je suis complètement embrouillée lorsque je reçois des consignes verbales, et pire encore lorsque ces instructions sont formulées dans un langage abstrait.  C’est bizarre parce que d’un côté j’ai une excellente mémoire, je peux restituer les instructions en question, mais les appliquer est une toute autre affaire.

De même si par exemple quelqu’un m’explique un chemin à prendre, tout va s’embrouiller et sachant qu’en plus je confonds la droite avec la gauche, je me tromperai à coup sûr.

Le cours de gymnastique à l’école ou les entraînements de basket que mon père m’obligeait à suivre dans le but de « me sociabiliser » étaient en fait un véritable cauchemar.  J’étais toujours « à l’Ouest », jamais synchronisée avec les autres, quand la prof ou l’entraineur me disaient de faire quelque chose, je ne saisissais pas ce qu’ils attendaient de moi, je regardais les autres, je ne savais pas coordonner mes mouvements, je faisais du grand n’importe quoi, je ne comprenais pas les termes utilisés alors que j’avais pourtant un bon vocabulaire.  J’avais honte de moi, je me sentais nulle, débile, humiliée et pour cacher mon désarroi, mon envie de pleurer, je me fâchais et en réalité c’était sur moi-même que j’étais fâchée.  Je m’en voulais d’être une parfaite incapable.

Je me rappelle que lorsque j’étais adolescente, comme toute la famille travaillait, on me demandait de profiter de l’un ou l’autre jour de congé scolaire pour faire les démarches administratives de ma grand-mère qui ne savait plus se déplacer.  Je ne sais même plus de quelles démarches il s’agissait.  Tout ce dont je me souvient c’est qu’il fallait remettre ça chaque année!  J’arrivais à l’hôtel de ville avec les papiers et la carte d’identité de ma grand-mère.  J’avais envie de pleurer, de me cacher dans un trou parce que j’avais oublié pourquoi j’étais là.  Et en plus de ça il me fallait parler à l’employé du guichet, comble de l’horreur : parler à une personne que je ne connaissais pas, en y étant à peine préparé.  C’était le cauchemar de toute une année.  Je ne savais plus quoi dire, je bredouillais n’importe quoi, je donnais tous les papiers que j’avais en mains et Dieu merci, l’employé semblait comprendre ce qu’il fallait faire!  Mais en sortant j’étais vidée, éreintée!

Lorsque mes parents me demandaient ce genre de « service », j’avais envie de dire non, mais je savais que mes parents n’auraient pas compris et m’auraient traitée de fainéante refusant de rendre service.  Et lorsqu’il s’agissait de ma grand-mère que j’adorais, je pouvais encore moins refuser, je l’aimais trop, je ne voulais pas la peiner.  Mais aller payer son loyer à la poste ou me rendre à sa mutuelle étaient des choses au-dessus de mes forces.

Il en a été de même pour toutes les consignes tout au long de ma vie, depuis apprendre à rouler en vélo jusqu’à conduire une voiture en passant par l’apprentissage de la natation et les consignes données par le chef de bureau lorsque j’ai travaillé, c’était à chaque fois un véritable enfer.   Non seulement je ne comprenais pas les consignes même si j’étais parfaitement capable de faire ce que l’on attendait de moi à partir du moment où on parvenait à me l’expliquer « autrement », mais en prime mon cerveau « déconnectait » de lui-même pendant que l’on était en train de m’expliquer la consigne.  C’était un véritable cauchemar.

J’ai mis deux à trois fois plus de temps que les autres, et parfois plus, à comprendre des choses simples de la vie, à réussir à faire ce que les autres faisaient d’une manière qui me semblait toute naturelle : rouler en vélo, patiner, skier, sauter à la corde, nager, jouer au billard, rouler à mobylette, en voiture.  Et encore, mis à part la natation et le ski, pour le reste je suis parfaitement nulle en tout.

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