Les premiers doutes concernant Florimond

Je n’étais toujours pas diagnostiquée lorsque Florimond est né, mais en ce qui le concerne je me suis rendue compte très tôt, alors qu’il était encore tout bébé, que « quelque chose n’allait pas ».

Florimond n’était pas du tout précoce comme son frère Nicolas.  Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas intelligent, pas du tout, mais simplement il a mis beaucoup plus de temps à acquérir ses capacités.

C’est assez difficile à expliquer, surtout pour moi qui suis dans le même cas.  Bébé, Florimond semblait avoir sans cesse besoin d’être apaisé, comme s’il avait des craintes en lui, aussi petit soit-il.  Il s’apaisait lorsqu’on le mettait contre nous.

Dès son plus jeune âge, il ne savait s’endormir qu’en se balançant de droite à gauche.  Pas comme Nicolas qui tapait « simplement » sa tête contre la tête de son lit, mais très vivement de droite à gauche.  Je me suis toujours dit que si moi je devais faire cela, j’aurais mal à la tête ou la tête qui tourne alors que lui, c’était sa méthode pour s’endormir!  Nous l’avons expliqué au pédiatre et cela l’a fait beaucoup rire, il a dit que Florimond était le digne frère de Nicolas et que cela passerait comme c’était finalement passé pour Nicolas, avec le temps.

Pour le reste, j’ai réalisé après coup que Florimond présentait des signes d’autisme, comme le fait de ne pas regarder les gens dans les yeux même lorsque c’était à lui que l’on s’adressait, ou le fait qu’il n’ait commencé à parler qu’à partir de 4 ans.  Mais là encore nous faisions confiance au médecin qui expliquait que ce n’était pas grave, que Florimond se développait bien etc.

Florimond a toujours eu tendance également à répéter des mots seuls ou des groupes de mots, sans raison, hors de leur contexte et même sans contexte du tout.  Il les répétait encore et encore.

En l’écrivant pour Florimond, il me revient d’ailleurs en mémoire que même si c’était moins fréquent, Nicolas faisait cela aussi.

Florimond n’a jamais été vers les autres enfants et il ignorait et ignore d’ailleurs toujours lorsqu’un enfant ou même un adulte l’appelle, y compris lorsque c’était son instit ou nous.  Ce n’était pas de l’insolence comme le prétendaient certains enseignants, c’était simplement comme si à certains moment Florimond « déconnectait » et à d’autres il se « reconnecte ».  C’est difficile à expliquer.

Souvent il réagissait de manière à laisser penser à certaines personnes qu’il était impoli ou mal élevé.  Je savais que ce n’était pas vrai, ce n’était pas de l’impolitesse, mais je ne suis jamais parvenue à convaincre ses enseignants qui me reprochaient de le « surprotéger ».  (J’ignorais encore qu’il était autiste et que je l’étais moi-même, c’était très très dur à vivre et à gérer comme situation.)

Je sais qu’il entend très bien, il a l’ouïe extrêmement fine comme son frère Nicolas d’ailleurs dont le médecin qui lui a fait passer les tests d’ouïe a expliqué que son oreille captait des fréquences de son qu’ordinairement les humains ne captent pas, (encore une fois, en l’écrivant pour Florimond je me rends compte que c’était la raison pour laquelle nous avions fait passer des tests de l’ouïe à Nicolas.  Les médecins décelaient certains problèmes mais on aurait dit qu’ils ne parvenaient pas à déduire que ces problèmes étaient la conséquence d’un problème, l’autisme), pourtant à certains moments on aurait pu s’imaginer que Florimond était sourd tellement il était « dans sa bulle » et avait difficile à se « reconnecter ».  Florimond (comme Nicolas) est extrêmement distrait et a très très difficile à se concentrer.

Florimond n’a souri que très tard.  Lorsqu’il était bébé il ne souriait jamais ou très très peu.  On a l’impression en le regardant  vivre, qu’il masque ses émotions afin de ne rien laisser paraître sur son visage.  C’est également le cas de Nicolas et, toujours en l’écrivant je me rappelle que c’était le cas pour moi également.  En fait ce n’était pas volontaire, mais je me rends compte maintenant que mes parents me reprochaient sans arrêt de ne jamais sourire, d’avoir toujours le visage fermé.  Je pense, mais je ne suis pas sûre, que c’était en partie parce que j’avais difficile à me concentrer sur le monde extérieur, j’avais peur de faire des gaffes en paroles ou en gestes car j’étais terriblement maladroite à tous points de vue.

Florimond n’a jamais réellement joué à proprement parler.  Pas même à « ranger » comme son frère Nicolas.  Il restait sans bouger avec sa collection de Pandas et quand il a su parler il leur chantait sans arrêt « Bon anniversaire Panda », à longueur de journée.

Florimond nous aime, nous le sentons, mais il ne supporte pas les câlins et les embrassades.  Il devient fou de rage, et ce n’est pas peu dire, quand pour jouer l’un de ses frères lui tient les mains et l’autre lui bouge légèrement ses lunettes.  Il ne sait pas supporter le fait de ne pas pouvoir immédiatement remettre ses lunettes en place.  Maintenant Florimond a 16 ans et c’est devenu un jeu, mais s’il rit c’est parce qu’il sait qu’il ne supporte pas cela.

Florimond supporte très bien la douleur mais pas la peur.  En fait quand il se blesse, la blessure et la douleur ne lui font rien, ce qui lui fait peur c’est lorsqu’il voit notre inquiétude, il croit alors que ce qu’il a est plus grave que ce n’est en réalité, il se met alors à paniquer, il s’évanouit parfois et plus rarement fait une crise d’épilepsie.

Le directeur de son école primaire affirmait que Florimond n’avait pas d’empathie et qu’il ne comprenait pas ce que ressentaient les autres.  Il voulait nous pousser à l’envoyer dans une école où il y avait une classe pour autistes, mais qui ne lui aurait pas convenue car les enfants qui y étaient accueillis apprenaient à nouer leurs lacets, à boutonner leur chemise.  C’était une classe pour enfants autistes différents de Florimond qui lui savait parler, avait une intelligence normale et les mêmes capacités que les autres enfants de son âge, à la différence près qu’il avait du mal à se concentrer et qu’il avait besoin d’une autre méthode d’apprentissage.  C’est néanmoins la première fois que le terme « autisme » a été utilisé concernant Florimond.

Avant et après, les enseignants et les psychologues scolaires le qualifiaient d’ »hyperkinetique », le terme à la mode dans les écoles actuellement.  Or c’est faux, Florimond n’est ni hyperkinétique, ni hyperactif bien au contraire c’est un enfant relativement calme (quand il est seul ou en compagnie d’adultes), mais ayant des difficultés de concentration terribles.  Un simple bruit l’empêche de travailler, de retenir, de se concentrer.  S’il étudie sur la terrasse, le bruit des oiseaux le gêne.  En classe, le fait d’entendre les autres enfants simplement bouger, froisser du papier, ou tous ces petits bruits que l’on entend dans une classe, l’énervent au possible parce que cela l’empêche de se concentrer.

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