41. Laissez-moi retourner dans ma bulle!

Je me suis toujours sentie une mauvaise mère, même avant que mon père ne commence à aliéner mes enfants contre moi.

Depuis qu’ils sont nés, ma mère n’a jamais cessé de critiquer tout ce que je disais ou faisais.  Elle intervenait dans tout.  Elle faisait des commentaires sur tout.  Quand j’allais chez le pédiatre elle venait avec moi.  J’expliquais certaines choses au médecin et elle intervenait.  Soit elle me disait de ne pas dire cela, que ce n’était pas important.  Soit elle donnait elle-même la raison et le médecin la regardait bizarrement.  Soit j’expliquais un refus de manger tel ou tel aliment, tel point de comportement ou autre et ma mère intervenait en affirmant que ce n’était pas vrai.  Elle me traitait pratiquement de menteuse quand j’expliquais une chose qui s’était produite à la maison et dont ma mère n’était pas témoin.  C’était infernal.  J’avais déjà tant de mal à parler au médecin mais je faisais de gros efforts pour les enfants.  Et lorsque je parlais, ma mère affirmait carrément que ce que je disais n’était pas vrai car elle ne l’avait pas vu.  Alors je me refermais instantanément.  J’étais incapable de continuer à parler ou à écouter le médecin.  Lui restait diplomate et ne disait rien.  Moi je pensais qu’il croyait ma mère parce qu’elle s’exprimait avec culot et que moi je bafouillais.  En réalité je n’ai jamais su ce qu’il pensait.

J’étais adulte.  J’étais mère de famille.  Mais elle continuait à me traiter comme elle me traitait lorsque j’étais enfant.  C’est-à-dire qu’elle parlait à ma place en toutes circonstances.  Pour être franche je ne sais même pas si elle parlait à ma place parce que moi je ne parlais pas ou si je ne parlais plus parce qu’elle parlait à ma place.

Elle me mettait sans arrêt dans des situations embarrassantes parce qu’elle me voyait telle qu’elle l’imaginait et non telle que j’étais réellement.  Elle contredisait tout ce que je disais.  Et moi, pour ne pas faire mentir ma mère, je ne rétablissais pas la vérité.  Je ne voulais pas que la famille, les proches, les collègues, les gens qui nous connaissaient pensent que ma mère mentait.  D’ailleurs elle ne mentait pas vraiment puisqu’elle imaginait que ce qu’elle disait était vrai.  Mais il n’y avait pas que cela.  Ma mère imaginait vraiment que j’étais la fille qu’elle décrivait.  Donc cela voulait dire que soit elle n’aimait pas celle que j’étais vraiment, soit elle ne voyait vraiment pas comment j’étais, aveuglée par son envie d’avoir une fille telle qu’elle l’imaginait et n’aurait donc pas eu envie de voir la vraie fille qu’elle avait.  Alors quand elle affirmait avec force que je n’aimais pas les croissants, la télévision, aller au cinéma, sortir en boîte de nuit… je ne la contredisais pas.

Plus tard, lorsque mes enfants sont nés elle a fait pareil.  Quand je leur expliquais quelque chose, ma mère me contredisait systématiquement.  Elle me donnait absolument toujours tort. Et non seulement elle me donnait tort sur les points avec lesquels elle n’était pas d’accord, mais elle me donnait tort également sur les points où j’avais la même opinion qu’elle.  J’avais presque l’impression qu’elle reniait ses propres paroles, ses propres opinions pour le plaisir de pouvoir me contredire.  Alors lorsqu’un enfant disait « Maman a dit ceci » ou « Maman pense cela » et bien ma mère répondait « Mais ce n’est pas vrai… » ou «Mais ta mère est folle ! » ou encore « Mais elle raconte vraiment n’importe quoi ! »

A force, en plus d’être aliéné par mon père qui leur racontait toutes sortes de mensonges à mon sujet, les enfants finissaient par croire que j’étais vraiment une débile qui ne savait rien sur rien et qu’il ne fallait surtout pas écouter.

Mais pire encore, ils en sont rapidement venus à se servir de la brouille entre mes parents et moi pour jouer sur les deux tableaux et obtenir ce qu’ils voulaient.

Alors finalement tout ce que j’avais cru construire n’était qu’en réalité qu’un château de cartes qui s’est rapidement effondré.  J’avais voulu fonder une famille, quelque chose de beau qui ne ressemblerait pas à ce que j’avais vécu chez mes parents et c’était le contraire qui se produisait.

Mes enfants, je les aime au-delà de ma vie.  Je sacrifierais tout ce que j’ai et tout ce que je suis pour eux.  Je le leur ai d’ailleurs maintes fois prouvé.  Je suis toujours là lorsqu’ils ont besoin de moi et je l’ai toujours été.  Lorsque mon père a menti et nous a calomniés auprès de leurs écoles, c’est à eux qu’il a fait du mal.  C’est eux qui ont souffert.  Ma mère n’a rien fait pour rétablir la vérité.  Elle est ma mère.  Elle m’a faite.  Elle m’a vu grandir, devenir adolescente.  Elle sait que j’ai toujours été une fille correcte.  Jamais je n’ai fait la moindre bêtise.  Je n’ai jamais fumé, ni bu.  Je ne me suis jamais droguée.  Je ne suis jamais sortie la nuit.  Je n’ai jamais eu de mauvaises influences ou fréquentations.  Je n’ai jamais volé.  Je n’ai même jamais triché.  Elle le sait.  Elle m’a vue aussi avec mes enfants.  Elle sait comment je m’occupe d’eux.  Et pourtant, le jour où mon père, pour se venger du fait que mon fils refusait d’encore aller chez lui parce qu’il m’insultait, s’est mis à me calomnier absolument partout afin de détruire mon honneur de mère ; ma mère n’a rien fait.  Elle n’a pas rectifié.  Elle n’a pas enjoint à son mari de cesser de mentir.  Elle n’a pas rétabli une vérité que pourtant elle connaissait.

J’étais salie publiquement par mon père.  Mes enfants souffraient de la situation car c’étaient surtout eux qui étaient discriminés dans leurs écoles.  C’étaient eux qui étaient à l’école 7 heures par jours.  Mais ma mère n’a pas rétabli la vérité.  Elle ne m’aimait pas assez pour cela.  Mais elle ne devait pas aimer assez mes enfants non plus pour leur avoir laissé faire tant de mal.

Mes enfants savent que mon père nous a calomniés aux écoles.  Ils le savent car des enseignants l’ont reconnu devant eux.  Certains en démontrant qu’ils les croyaient.  D’autres en démontrant qu’ils n’y croyaient pas.  D’autres encore en démontrant qu’ils s’en moquaient et refusaient de se mêler des histoires de famille.

Mes enfants savent que mon père nous a calomniés aux écoles et qu’à cause de cela les directions nous ont « gentiment » priés de retirer nos enfants et de les inscrire ailleurs.  A cause de cela ils n’ont pas eu une scolarité normale puisqu’ils ont perdu tous leurs amis et leurs repères à plusieurs reprises.

Mes enfants savent que mon père nous a calomniés aux écoles et qu’à cause de cela des enseignants nous ont mal jugés, les ont mal jugés et nous ont discriminés.  Ils le savent car les enseignants l’ont reconnu en réalisant qu’il s’agissait de calomnies de la part de mon père.

Les enseignants l’ont reconnu, devant nos enfants, mais honteux d’avoir laissé cette affaire prendre tant d’ampleur et de s’être permis d’en parler sans savoir la vérité à d’autres enseignants et parents d’élèves, ils préféraient que nos enfants changent d’école afin de ne plus avoir à croiser leur regard ni le nôtre.

Mes enfants savent tout cela et pourtant, souvent lorsque nous parlons de mon père, leur réponse lorsqu’il dit quelque chose sur moi est « Oui mais bon, c’est ton père, tu as vécu chez lui, s’il dit que tu es comme ça ou que tu as dit ça, il le sait, c’est que c’est vrai… »  Et lorsque moi j’essaie de parler de mon enfance c’est « Oh ça va !  On n’était pas là nous, on ne sait pas ce qui s’est passé entre lui et toi pourquoi est-ce qu’on te croirait ? »

C’est vers lui qu’ils se sont retournés.

C’est lui qui a gagné.

Moi j’ai tout perdu.

Je vous en prie… laissez-moi retourner dans ma bulle et ne plus jamais en sortir.

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